MARINES ET PUITS DU SUD DE LA RÉUNION

Quand le visiteur non averti s’aventure vers la côte sud de La Réunion, que ce soit par la côte Est ou Ouest, il est surpris par le changement rapide et radical de paysages. Car sans s’en rendre compte, il pénètre dans la zone d’influence et de perpétuelles transformations du très actif volcan « Piton de la Fournaise ».

Rapidement, le paysage côtier de lagons au sable noir ou blanc de la côte ouest; ou encore la grève de galets de la côte Est, se transforme en effrayantes falaises basaltiques noires et déchiquetées où la houle souvent violente, vient se briser avec fracas. Paysages effrayants et en même temps magnifiques, impressionnants de beauté et de puissance dans un combat permanent entre les vagues rugissantes de l’océan immense et de la pierre de basalte noir, ou les couleurs du bleu du ciel et de la mer, du blanc de l’écume bondissant vers le ciel et le noir des falaises offrent des contrastes d’une grande beauté.

C’est dans ce milieu inhospitalier que les hommes ont dû apprendre à vivre, à force d’union, de travail, de courage, d’imagination voir d’innovations.

Les plantes aussi ont dû s’adapter, être sélectionnées ou éliminées, offrant ainsi une couverture végétale originale et particulière à ce lieu.

La Réunion étant couverte de ravines souvent profondes et larges, du sommet des massifs volcaniques jusqu’à la mer, les transports terrestres ont pendant longtemps été difficiles voire dangereux. Ainsi, quand les conditions de mer le permettaient, le transport maritime était souvent préféré, car moins pénible et plus rapide. Mais l’île de La Réunion, de part sa géographie, a toujours souffert de manque de port, de baie, de crique et de débarcadère. Et cela, d’autant plus que l’on se dirige vers le sud de l’île. Par conséquent, les hommes ont dû faire preuve de créativité pour utiliser et améliorer les moindre possibilités que leur offrait la nature pour aménager des lieux de débarcadère.

Comme celui de la MARINE LANGEVIN juste après Saint-Joseph en allant vers le Sud.

La marine de Langevin est un débarcadère situé à l’embouchure de La Rivière Langevin. La rivière s’écoule sur un dénivelé de 1710 mètres, jusqu’à la mer. La nature y est verdoyante et l’eau jaillit en abondance, sous la forme de cascades parmi les plus belles de l’île.

Histoire de la Marine Langevin, débarcadère et port.

Au niveau du lieu dit « marine Langevin », un couloir naturel dans la lave a permis l’installation d’un débarcadère, sur la propriété d’un certain monsieur Baillif, natif d’Angers. Les marchandises et les barques étaient hissées par un système de poulies et de mâts de charge, dont les ancrages restent visibles encore aujourd’hui dans la maçonnerie. La cale d’hallage, taillée dans le basalte est située plein Ouest pour éviter les entrées trop franches d’eau de mer.

De nos jours, le débarcadère sert toujours de cale de halage pour les barques de pêcheurs, lorsque l’état de la mer en permet l’accès. Pour assister à la rentrée fort spectaculaire des pêcheurs, il faut se trouver là vers une heure de l’après midi, un jour de mer calme. Le patron pêcheur veille l’embellie pour aborder, prenant la bonne vague qui l’amènera à terre à l’entrée du port au pied du plan incliné en ciment. S’il se trompe, il peut casser sa barque ou la faire chavirer. Il saute le premier à terre, celui qui restera le dernier dans le canot s’appelle le « teneur ». Des camarades à terre attendent généralement le retour des pêcheurs et aident à la remontée de la barque qui se fait à la force des bras.

On a essayé d’aménager à plusieurs reprises des systèmes de poulies pour faciliter cette remontée, mais aucun n’a résisté. Et quand la mer est trop forte, les pêcheurs n’ont pas d’autres choix que de débarquer plus au sud, à Saint-Philippe et même à Sainte-Rose. Ils prennent alors un transport terrestre pour rentrer chez eux, apportant les poissons qu’ils ont pêchés, des capucins, des jaunes, des rouges…

Marine de Saint-Philippe:

Saint-Philippe vécut longtemps et principalement des ressources de la pêche et de la chasse. Une marine était donc absolument nécessaire à la vie du village, aussi bien pour la pêche que pour le transport de marchandise et de personne.

La marine de Saint-Philippe est encore utilisée actuellement par une dizaine de barques ou canots pour une trentaine de pêcheurs. La côte de Saint-Philippe, tout hérissée de caps et de récifs est formée de couches de lave ancienne provenant du Piton des Neiges, puis de plus récente provenant des coulées du Piton de la Fournaise, solidifiée dans la mer ; elle n’est pas hospitalière et les marins la connaissent bien.

La cale d’hallage de la marine de Saint-Philippe, taillée dans le basalte est située plein Ouest pour éviter la houle du sud. Le patron pêcheur veille la bonne occasion pour aborder, prenant la bonne vague qui l’amènera à terre. La remontée de la barque se fait à la force des bras, les essais de treuil n’ayant pas été très concluants.

Un vieux pêcheur raconte comment dans  » l’temps d’longtemps  » on faisait les canotes avec les bons bois de la forêt tels que le takamaka, le bancoulier, le manguier et le tan rouge. On creusait un ou deux troncs et on les rajoutait. Les barques étaient carrées au bout équipé de rames et de voiles ; les moteurs n’ayant fait leur apparition qu’à partir de 1958. Les anciennes barques et canots étaient deux fois plus lourdes que ceux d’aujourd’hui ; le mode de remontée était pourtant le même. Pour les avirons, il était recommandé un bois souple, durable et léger, qu’on appelait le bois de banane…

Mais la marine de Saint-Philippe est aussi connu pour un fait divers qui aurait pu être tragique.

Le naufrage du Warreng Hastings.

Le 14 janvier 1897, le vapeur militaire anglais et transporteur de troupe, nommé Warren Hastings venant de Bombay à destination de Maurice et dirigé par le capitaine Holland, a échoué sur nos bords à Saint-Philippe au lieu-dit Le Port (la marine), ce matin là vers 2h30. Le temps était mauvais et c’est à cette heure que le vapeur a touché le massif du cap qui forme la pointe du Port ; il s’est retrouvé couché sur le flanc avec sa grosse carcasse aux 3/4 hors de l’eau, percée d’un gros trou sur le devant.

Sans doute dérouté par la tempête, le bateau passa au loin de l’île Maurice et se dirigea vers La Réunion, passa trop près des récifs où il s’échoua. Miraculeusement il naufragea à un des seuls endroits où la falaise ménage un seuil sous-marin, sur lequel la coque reste posée. On put donc tendre des cordages entre la rive et l’épave, grâce auxquels les 219 hommes d’équipages et 1 043 passagers sont presque tous sauvés.

Hormis deux hommes d’équipages qui ont préféré sauter à la mer, tous les marins et passagers sont indemnes. Près de la mairie, il y avaient un grand nombre de petites maisonnettes qui avaient servi de cases d’engagés à l’ancien établissement sucrier de la Trinité ; ces maisons ont été mises à la disposition du capitaine du vapeur par le directeur de l’établissement du Baril. Puis, accompagné par monsieur le Maire, le capitaine a télégraphié au consul britannique.

Plus tard, de Saint-Joseph, il est monté des charrettes pleines de viande de mouton et de bœuf. Les naufragés au nombre de 1 300 ont semblés très touchés de la sollicitude dont ils ont été l’objet de la part des habitants et autorités de La Réunion présentes sur les lieux « .

La Reine Victoria remerciera les habitants de Saint-Philippe, Saint-Pierre et Saint-Joseph pour leur aide et leur hospitalité. La Reine envoya une belle horloge qui orna longtemps le fronton de l’église de Saint-Philippe.

LES PUITS

Tous les réunionnais savent que le sud est une des régions les plus arrosées de l’île. Pourtant, on y trouve des puits, souvent creusés dans des conditions de terrain difficile, parfois même directement dans le basalte.

La raison en est que ce terrain est extrêmement poreux et bien qu’il pleuve fréquemment, le sol est aride. Il est rare d’y trouver des sources, des bassins ou des lacs naturels, surtout en bord de mer, là où sont la plupart des habitations. D’où la nécessité d’y creuser à certains endroit des puits.

Comme le puits dit « des français », au Cap Méchant ou celui des « anglais » au Baril.

Le puits des anglais

C’est donc en 1822 que fut creusé le premier puits, aujourd’hui nommé  » Puits des Anglais « . On a retrouvé le procès-verbal et bénédictions du puits du  » Barry  » déformation de Baril. Ainsi, la première pierre fut posée avec cette inscription: « Puits du Barry, mai 1822 » ; on déposa dans une boîte en plomb, enfermée dans un trou creusé au milieu de la première pierre, huit pièces de monnaie : savoir un Louis d’or à l’effigie du roi martyr, une pièce de cinq francs à l’effigie de Louis Le Désiré, (LOUIS XVIII, quatrième fils du dauphin Louis et frère cadet de Louis XVI ), ainsi que cinq piastres d’Espagne et une roupie. 

Le puits des français

Il est situé au lieu dit: »Le Cap Méchant ».

Les créoles appellent Cap Méchant la pointe de Basse Vallée. Il est situé sur le territoire communal de Saint-Philippe le long d’une côte déchiquetée, frappée par la houle et typique de la région appelée Sud sauvage. De ce lieu, on a un point de vue vaste sur la côte basaltique, le Piton de la Fournaise et sur l’océan Indien, qui gronde et sculpte cette roche volcanique.

Cette côte hérissée est curieusement recouverte d’un gazon fin, cette espèce indigène de La Réunion, que l’on nomme gazon bord de mer, Zoysia tenuifolia, s’étend comme une moquette et donne de la magie à ce lieu. Sur une grande partie pousse les fameux vacoas, Pandanus Utilis Bory, qui sont une bonne protection contre les embruns et qui par son enracinement protège les sols contre l’érosion, plus loin des Filaos, Casuarina equisetifolia, colonisent la côte. Ce lieu enchanteur, bien aménagé, avec des sentiers littoraux, des kiosques, des restaurants, mérite absolument une halte.

En contrebas du cap Méchant se trouve le puits des Français. Il est profond d’une dizaine de mètres. Des barreaux métalliques permettent d’y descendre, mais l’accès en est interdit. 

Le puits Arabe

Situé plus au sud encore, plus très loin du Grand Brulé, au lieu dit Pointe de la Table où les coulées de lave, bien que hors enclos, sont fréquentes (la dernière date de 1986), ce puits dit « puits Arabe » a longtemps été un mystère pour les historiens.

Il est de même conception que les puits Égyptiens qui existaient depuis les temps du roi Salomon, s’est à dire avec des marches qui descentes jusqu’au point d’eau. Celui-ci a été creusé à même le basalte, sans aucune pierre taillée. Certains historiens disaient qu’il date du Moyen âge.

On sait que des navigateurs venant de ces pays orientaux ont visité l’île depuis le Moyen Âge, car le premier nom de l’île retrouvé sur d’anciennes cartes marines datant du moyen âge était Dina Morgabin, « l’île de l’ouest » (XIVème siècle). Ce nom est d’origine indo-musulmane.

Des six puits existants dans la région, cinq ont été creusés au 19ème siècle.

Celui-là pose problème. Tous les autres sont proches de la mer ; celui-là est le plus éloigné.

Dernièrement, des études sérieuses ont permis de mieux le situer dans le temps. Il aurait été en fait, lui aussi creusé au 19ème siècle. A l’origine, il y avait une source d’eau fraiche qui s’écoulait dans une faille du basalte jusqu’à la mer. Les hommes ont donc creusé ce puits en suivant la faille avec des marches qui permettaient d’atteindre l’eau qui coulait. Ce nom de « puits Arabe » est en réalité assez récent. Il est dû tout simplement au style, le même style que les anciens puits arabes.

Il est actuellement à sec. La source qui l’alimentait ayant sans doute été recouverte par la dernière coulée de lave sur cette zone, à savoir peut-être celle de 1986.

Alors, d’où viennent les noms des deux autres puits mentionnés plus haut ? Le puits des français et le puits des anglais.

Nous savons que le puits des anglais a été réalisé en 1822. Toutefois sa demande d’autorisation au gouverneur a été déposée plusieurs années plus tôt, Peut-être entre 1810 et 1815, période pendant laquelle l’île de la Réunion a eu une gouvernance anglaise et s’appelait d’ailleurs « Isle of Bourbon ». La demande d’autorisation ayant été déposée pendant la période anglaise de l’île, les gens ont peut-être surnommé ce puits « puits des anglais ».

Alors que la demande et réalisation du puits du Cap Méchant, ayant été faite alors que l’île était française, on l’a surnommé « puits des français » par comparaison à l’autre, le « puits des anglais » qui n’est pas très loin.

C’est actuellement les informations et suppositions les plus plausibles concernant ces puits un peu mystérieux.

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